
Le 27 août, les Autorités canadiennes en valeurs mobilières (CSA) ainsi que l’Organisation canadienne de réglementation des investissements (CIRO) ont annoncé leur désaccord concernant la légalisation des contrats liés aux événements de prévision dans le domaine sportif et du divertissement au Canada.
« Il est essentiel que les investisseurs et les acteurs du marché comprennent que les contrats d’événements basés sur des activités ou des résultats en lien avec le sport ou le divertissement ne devraient pas être soumis à la législation sur les valeurs mobilières et les dérivés », a déclaré Stan Magidson, président de la CSA et directeur général de la Commission des valeurs mobilières de l’Alberta.
« Cet avis fournit des clarifications importantes sur le rôle et les responsabilités des régulateurs canadiens en matière de valeurs mobilières concernant certains types de contrats d’événements. »
Des limites claires établies par les régulateurs
En mars, la CIRO avait annoncé son intention d’apporter son soutien à Wealthsimple, un service de gestion d’investissements, pour la création d’un marché de prévision concernant des contrats d’événements liés aux marchés financiers, au climat et aux indicateurs économiques.
Interactive Brokers Canada Inc. est le seul autre membre de la CIRO ayant reçu l’autorisation de négocier des contrats d’événements sur le territoire canadien.
La CSA joue un rôle clé en coordonnant les régulateurs provinciaux et territoriaux des valeurs mobilières au Canada, avec pour objectif d’harmoniser les règles à travers les marchés de capitaux canadiens.
Les contrats financiers demeurent autorisés
Par ailleurs, la CIRO, en tant qu’organisme national d’autorégulation, supervise les courtiers en valeurs mobilières, les courtiers en fonds communs de placement, ainsi que les activités de négociation sur les marchés de la dette et des actions au Canada.
Il a été récemment annoncé que le marché canadien des prévisions ne suivra pas le modèle américain.
Aux États-Unis, des entreprises telles que Polymarket et Novig proposent des contrats d’événements sportifs, sous la réglementation de la Commodity Futures Trading Commission (CFTC).
Le Canada s’oppose à l’approche américaine
Ces sociétés, ainsi que la CFTC, sont actuellement impliquées dans plusieurs procédures judiciaires concernant la légalité des plateformes de prévision de marché. Les discussions portent sur la question de savoir si les lois fédérales sur les dérivés prévalent sur les législations des États en matière de jeux.
La déclaration conjointe de la CSA et de la CIRO a été bien accueillie par l’Association canadienne des jeux (CGA), qui collabore avec les opérateurs, les fournisseurs et d’autres acteurs de l’industrie des jeux en ligne réglementée.
Réactions positives de l’Association canadienne des jeux
Paul Burns, président et chef de la direction de la CGA, a souligné que les contrats d’événements sportifs sont assimilés à des paris sportifs.
Les paris sportifs sur les plateformes de prévision de marché comportent des risques liés à la lutte contre le blanchiment d’argent, au jeu responsable et aux exigences de vérification d’identité, que les régulateurs provinciaux des jeux sont particulièrement bien placés pour gérer.
« L’Association canadienne des jeux se réjouit de l’orientation donnée par le personnel de la CSA et de la CIRO le 27 août », a noté Burns. « Cela apporte de la clarté à une question cruciale pour les consommateurs canadiens, les gouvernements provinciaux et l’industrie des jeux licenciés. »
« Les jeux en ligne et les paris sportifs sont des produits de divertissement. La CGA reconnaît que davantage d’entreprises peuvent chercher à entrer sur les marchés de prévision, et que les réglementations en matière de valeurs mobilières peuvent évoluer avec le temps. L’Association est prête à collaborer avec la CSA, la CIRO et les régulateurs provinciaux à mesure que d’autres orientations sont développées. Elle soutiendra les efforts pour garantir un niveau de protection des consommateurs cohérent et élevé pour les paris sportifs à travers le Canada, quel que soit la manière dont un produit est structuré ou commercialisé. »
Interrogations sur le raisonnement réglementaire
Evan Thomas, avocat basé à Toronto et conseiller pour des clients dans le secteur des fintechs, a noté que bien que la décision de la CSA et de la CIRO de ne pas élargir la portée des contrats d’événements disponibles par l’intermédiaire des courtiers d’investissement canadiens ne soit pas surprenante, l’absence d’explication l’était.
« Le personnel de la CSA reconnaît que les contrats d’événements peuvent correspondre à des définitions larges de valeurs mobilières ou de dérivés, puis conclut que les contrats sportifs et de divertissement ne devraient pas être régis dans ce cadre, sans fournir d’explications », a-t-il ajouté.
« L’avis n’offre aucune analyse juridique ni fondement politique. C’est décevant, car si les régulateurs des valeurs mobilières prennent une décision politique aussi significative, ils devraient être transparents et justifier leur choix. »
Une voie provinciale pour les jeux à préserver
Le communiqué émis par le personnel ferme un chemin pour les contrats sportifs qui disposaient d’un cadre fonctionnel établi, a-t-il poursuivi. Ces contrats étaient échangés et compensés sur des marchés réglementés américains, accessibles aux Canadiens par l’intermédiaire de courtiers d’investissement enregistrés, tous sous la supervision de la CIRO.
« Cela crée une dislocation avec les États-Unis, où les contrats d’événements sportifs se négocient actuellement sur des échanges réglementés par la CFTC, dans le cadre d’une réglementation fédérale unique », a déclaré Thomas.
La seule voie potentiellement ouverte pour les contrats d’événements sportifs serait l’enregistrement provincial des jeux, ce qui semble moins attrayant pour des sociétés comme Polymarket alors qu’elles défendent en justice américaine que leurs produits sont des dérivés et non des jeux, a-t-il conclu.