
Jeudi à Tirana, l’Uefa a rappelé l’importance d’un bon report en annonçant qu’elle n’avait pas encore pris de décision concernant les matchs de ligue à l’étranger. Au lieu de cela, le comité exécutif a décidé d’entamer une série de consultations, incluant même les avis des supporters.
Une approche judicieuse
Cette approche semble judicieuse. Il est surprenant que le débat sur l’internationalisation des ligues de football ne soit abordé que maintenant dans les cercles décisionnels. En effet, ce sujet a été soulevé par l’organisateur Relevent contre la Fédération de football des États-Unis en 2019. Le sujet a gagné en importance avec l’annonce d’un match de La Liga entre Barcelone et Villarreal à Miami, programmé pour décembre. Néanmoins, le fait que des discussions aient enfin lieu est perçu par beaucoup comme un mieux vaut tard que jamais, marquant une évolution par rapport aux méthodes traditionnelles.
Les enjeux du dialogue
La Coupe du Monde des Clubs de la FIFA, un développement marquant et disruptif dans le football, est souvent attribuée à la volonté d’un homme, Gianni Infantino, de provoquer un changement. Toutefois, le processus mis en place par la FIFA pour établir ce tournoi a engendré des actions en justice et un certain ressentiment dû à un manque de consultation avec les organisateurs d’autres compétitions. Il est à noter qu’il y a eu moins de plaintes de la part des clubs, dont certains ont perçu des millions de dollars pour leur participation. Dans ce contexte, l’Uefa a choisi de privilégier le dialogue plutôt que l’affrontement.
Dans une interview avant le tirage au sort de la Ligue des champions à Monaco le mois dernier, le président de l’Uefa, Aleksander Ceferin, a évoqué cette nouvelle orientation. Lorsqu’il a été interrogé sur le projet de matchs à l’étranger, il a déclaré.
« Nous ne sommes pas contents, mais autant que nous l’avons vérifié légalement, nous n’avons pas beaucoup de marge ici, si la fédération est d’accord, et les deux fédérations ont convenu. Mais je pense que pour l’avenir, nous devrons discuter de cela très sérieusement, car… les fans devraient regarder le football chez eux… Nous ouvrirons également cette discussion avec la FIFA, et avec toutes les fédérations, car je ne pense pas que ce soit une bonne chose. »
Le report avec une chance de dialogue pourrait s’avérer être la meilleure option à court terme. Cela pourrait également servir les intérêts de l’Uefa à long terme. Alors que la lutte pour le contrôle du football mondial s’intensifie, l’Uefa se trouve parmi les plus vulnérables face à des changements potentiels qui pourraient dévier du modèle actuel du football masculin. Ses compétitions – le Championnat d’Europe, la Ligue des Nations, même la Ligue des champions – seraient probablement les premières à subir une pression accrue si le calendrier international intégrait encore plus de matchs, notamment avec des changements comme une Coupe du Monde des Clubs biennale. Être perçu comme une organisation à l’écoute et collaborative pourrait donc être une stratégie judicieuse.
Dans l’interview, Ceferin a tracé une ligne rouge contre une Coupe du Monde des Clubs biennale, affirmant : « Je ne serais pas d’accord avec cela, mais je ne pense pas que [la FIFA] le veuille. » Cette déclaration contredit de nombreux rapports sur le sujet, mais elle s’inscrit dans un ton conciliant, alors que Ceferin a réfléchi sur des commentaires antérieurs de l’Uefa, qui avait condamné les « intérêts politiques privés » d’Infantino, suite à son arrivée tardive à son propre congrès après une tournée dans le Golfe avec Donald Trump. Ceferin a noté que le langage utilisé auparavant avait été « un peu trop émotionnel » et que les relations avec la FIFA étaient « absolument » bien meilleures.

Ce geste de conciliation est un signe supplémentaire de l’évolution de l’équilibre des pouvoirs. En adoptant une attitude constructive, moins en tant que rival et plus comme facilitateur, l’Uefa pourrait se retrouver en phase avec un autre acteur capable d’influencer l’avenir du football européen, et par extension du sport dans son ensemble : Bruxelles. Les tribunaux européens sont le théâtre de nombreuses batailles, aucune décision n’étant plus significative que celle concernant la Super Ligue européenne, qui remet en question la capacité des organismes de régulation à agir comme régulateur et organisateur de compétition sans risquer d’« abuser » de leur « position dominante ». Parallèlement, la Commission européenne s’intéresse de plus en plus à la protection du concept d’un « modèle sportif européen », qui allie compétition ouverte, avec promotion et relégation, à une solidarité financière au sein de la pyramide.
Le commissaire européen pour l’équité intergénérationnelle, la jeunesse, la culture et le sport, Glenn Micallef, a récemment pris la parole dans le débat sur les matchs internationaux, qualifiant les projets de trahison envers les supporters et de menace pour le modèle sportif européen. Jeudi, il a de nouveau exprimé son soutien à la décision de l’Uefa de faire une pause et d’engager le dialogue. « C’est la bonne et responsable façon de faire les choses ; par le dialogue inclusif et la consultation », a-t-il déclaré sur les réseaux sociaux.
La Commission, en tant qu’organe de direction politique de l’Europe, pourrait intervenir si elle juge nécessaire de protéger le modèle sportif européen. Une telle action bouleverserait probablement les structures de pouvoir existantes dans le football. Se retrouver du bon côté de tout changement de cette nature serait avantageux pour tout organisme de régulation. Si les propos de Ceferin concernant les matchs internationaux se révèlent exacts, il est possible que ces matchs voient le jour dans le futur. Cependant, même si perdre certaines batailles est regrettable, cela peut parfois s’avérer bénéfique dans la guerre.