
Peut-être que Didier Deschamps avait raison depuis le début. Depuis ses quatorze années à la tête de l’équipe de France, il a été critiqué pour sa prudence excessive, pour sa tendance à privilégier le contrôle et pour ne pas avoir libéré ses joueurs offensifs talentueux. Lors de ce tournoi, son dernier en tant que sélectionneur, Deschamps a relâché ses rênes – du moins sur le plan tactique ; il reste aussi bougon que jamais dans ses déclarations publiques. La France a montré un football éclatant ces dernières semaines, mais lorsqu’il a fallu affronter la première véritable équipe d’élite, elle a été débordée. La France aurait peut-être eu besoin d’un peu plus de la méthode Deschamps.
Un paradoxe de performances
Le paradoxe de ce tournoi résidait dans le fait que plus la France jouait bien, plus les huit années écoulées depuis leur victoire en Coupe du Monde semblaient être un gâchis. L’admiration pour leur excellence offensive aux États-Unis a été tempérée par un sentiment de regret face à la beauté et à la joie que l’entêtement de Deschamps a empêchées de voir au monde durant la dernière décennie. C’était la France qu’ils auraient pu être tout ce temps, jouant avec élan et panache, évoquant des comparaisons légitimes avec la glorieuse France du début des années 80.
Il serait exagéré de dire qu’ils se hissent aux côtés de la Hongrie de 1954, des Pays-Bas de 1974 ou du Brésil de 1982 en tant que l’une des plus grandes équipes à ne pas avoir remporté la Coupe du Monde, mais il y avait un moment avant la victoire 1-0 contre le Paraguay en huitièmes de finale où cette comparaison aurait pu sembler pertinente.
Les réalisations de Deschamps
Deschamps quitte son poste avec une Coupe du Monde à son actif et en ayant atteint une autre finale et un autre demi-finale. Il a également atteint une finale et une demi-finale de l’Euro. Atteindre les dernières étapes de cinq grands tournois sur une période de quatorze ans semble être une réalisation remarquable et, dans certains aspects, c’est vrai. Cependant, Deschamps a été béni avec des générations de joueurs extraordinaires ; un seul trophée avec ces joueurs est peut-être juste la norme. De plus, il existe un argument, exprimé de manière plus forte par ceux qui en ont assez de son style de jeu, selon lequel Deschamps, malgré son succès apparent, a freiné la France.
Pourquoi alors a-t-il changé d’approche ? Certains l’ont décrit comme un pragmatiste, ni engagé dans le contrôle ni dans quelque chose de plus improvisé, mais simplement attaché à ce qui semblait le mieux avec les joueurs à sa disposition. Cela témoigne à quel point les choix de Deschamps ont semblé hors de son caractère, tant les perceptions ont radicalement évolué.
Lors de l’Euro il y a deux ans, la France était perçue comme une unité défensive austère, jouant une version peu séduisante du « football de tournoi » qui les avait conduits à la victoire en Coupe du Monde en 2018, tandis que l’Espagne était la mise à jour audacieuse du juego de posición, capable de conserver la possession au milieu de terrain mais rehaussée par la vitesse et la détermination de ses attaquants larges. Cependant, au cours de ce tournoi, alors que la France brillait, c’était l’Espagne, dont les options offensives sur les ailes étaient réduites par des blessures, qui a étouffé ses adversaires.
Si l’on inclut la Ligue des Nations, cela fait trois tournois consécutifs au cours desquels l’Espagne a battu la France en demi-finale, le football de processus triomphant.

Une théorie a émergé selon laquelle Deschamps a été contraint de se réajuster par l’évidence de la brillance de ses options créatives, et peut-être que cela est vrai, mais la France a eu d’excellentes options offensives – peut-être pas aussi nombreuses ou variées que celles d’aujourd’hui – durant au moins la dernière décennie. Deschamps a toujours semblé réticent à laisser ses attaquants jouer librement, à relâcher le frein à main ; ce match était la démonstration parfaite de pourquoi.
Il y avait seulement deux incertitudes concernant cette équipe de France : au milieu de terrain et au poste de latéral gauche. C’était leur malchance que ces faiblesses correspondent aux deux plus grandes forces de l’Espagne. De manière évidente, le penalty a été provoqué par Lamine Yamal, qui a tiré une faute maladroite de Lucas Digne, mais de manière plus fondamentale, cela résultait de la domination de l’Espagne au milieu de terrain.
La question au cours des dernières semaines a été de savoir si, face à des adversaires plus forts, Deschamps remplacerait un joueur offensif par un milieu de terrain supplémentaire, changeant de 4-2-3-1 à 4-3-3. Le jeu créatif de la France était si enivrant qu’il en est finalement devenu impossible, mais ici, cela aurait sûrement été une bonne idée. Il y a eu des périodes en première mi-temps où Aurélien Tchouaméni et Adrien Rabiot ont été débordés. Finalement, la solution de Deschamps n’a pas été de renforcer le duo, mais de retirer Rabiot. Après un excellent tournoi, il a eu une première mi-temps horrible et, avec un carton jaune, il était un risque évident de carton rouge.
Et si Tchouaméni, Rabiot et Manu Koné avaient débuté ensemble ? Et si seuls deux des Michael Olise, Ousmane Dembélé et Bradley Barcola avaient été alignés aux côtés de Kylian Mbappé ? Étant donné combien peu l’un de ces trois a contribué, cela n’aurait pas pu être pire. Avec l’Espagne dominant le milieu de terrain, le redouté quatuor offensif n’a tout simplement pas eu suffisamment de ballons. La structure de l’Espagne les a étouffés et, avec trop de joueurs engagés dans la créativité, la France est restée vulnérable aux transitions.
Dans sa défaite ultime, Deschamps a atteint sa plus grande validation. Le talent n’est jamais à prendre pour acquis.