
« Je dois vous confesser : on n’entend pas tout. Et c’est vraiment très compliqué. » Deux heures avant le coup d’envoi, Michel Bortot, délégué de la finale de la Coupe de France, qui a vu Lens s’imposer face à Nice (3-1), discute avec le panel d’observateurs de la FFF. Leur mission est de contribuer à la lutte contre l’homophobie dans les stades. « Une mesure pragmatique », précise Jean-François Vilotte, directeur général de la Fédération, indiquant que le « dispositif est composé d’un représentant de la FFF, d’un deuxième des délégués et d’un troisième du monde associatif ». Le briefing dure une dizaine de minutes, avec des échanges limpides et des consignes claires.
« Nous ferons un point tous les quarts d’heure et vous solliciterons si nous entendons quoi que ce soit », annoncent les observateurs. Le dispositif commence à se structurer. La FFF teste cette initiative depuis fin décembre, lors du 32e de finale entre Grenoble et Nancy (1-1, 3-5 aux t.a.b.), pour un match par tour, comme Marseille-Rennes (8es, 3-0) ou Lens-Toulouse (demies, 4-1). Assis près du délégué, les observateurs ont la possibilité de l’alerter en direct s’ils entendent un chant problématique. Ils disposent également d’un rapport pour identifier des comportements haineux ou discriminatoires.
Nous sommes idéalement placés au premier rang de la tribune officielle, attentifs et prêts à réagir au moindre chant à caractère homophobe. À nos côtés se trouvent Yveline Lallier, représentante de la FFF, Patrick Bel Abbes, représentant des délégués, et Yves Gimbert, de SOS Homophobie. Ce dernier avait été présent à Grenoble pour le premier match test, où il n’y avait eu aucune interruption, seulement un chant problématique noté trente secondes avant la mi-temps. Depuis, aucun problème n’a été signalé.
Avant la finale, des « enculés » sont entendus, venant des supporters niçois à l’encontre de Daech, et des Lensois lors de l’annonce des joueurs du Gym. La première période se déroule sans incident. « Rien à signaler », déclare Bel Abbes. « C’est un brouhaha constant, mais nous n’avons pas entendu de chant insultant », ajoute Lallier, à l’exception de « enculé » dirigé vers le buteur niçois, consigné dans le rapport. « Il faudra rester vigilant en seconde période, car les supporters niçois peuvent se désintéresser du match », prévient Bel Abbes. Celle-ci sera relativement calme, à l’exception des cris des Niçois à la fin du match : « Daech, on t’encule. »
À travers ce dispositif, la FFF souhaite passer un message clair, résumé par Vilotte : « Le football n’a pas de bulle de protection qui en ferait une zone d’extraterritorialité juridique. » Alors que la LFP « attend le rapport complet » avant de se prononcer, l’Association nationale des supporters n’est pas favorable, considérant qu’il s’agit de « comités de délation dont les membres n’ont aucune compétence juridique ». Vilotte cherche à les rassurer : « Ces observateurs ne sont pas là pour jouer aux gendarmes, ils sont en tribune pour observer ce qui se passe et, en cas de chant problématique, en référer aux délégués. Leur avis est pris en compte. Qui peut y être opposé ? Personne n’a de baguette magique, il faut agir. » Selon nos informations, un bilan est prévu dans les prochains jours, et il est déjà prévu de reconduire ce dispositif la saison prochaine à partir des 32es de finale.